La religion de Hegel

Le rapport de Hegel à la religion est aux antipodes
de la réception française de sa pensée. Bien loin de voir
en Hegel un athée, l'auteur montre comment celui-ci
a tenté de penser ce qui permettrait de résoudre
la crise du sens qui frappe la modernité. Hegel
avait une conscience aiguë de vivre une époque de
transition annonciatrice d'une ère nouvelle. Celle-ci
se heurterait à la difficulté de transmettre ce qui, pour
la tradition, avait fait le sens même de l'existence : la
foi et l'intelligence de la foi. Loin de vouloir rompre
avec cette tradition - dans son système, la religion relève
de ce qu'il appelle «l'Esprit absolu -, Hegel tente
au contraire de l'éclairer, de jeter sur elle un regard
renouvelé. Comment réconcilier la foi chrétienne et
l'apport de la philosophie des Lumières ? Telle est la
question à laquelle tente de répondre ce philosophe
de l'Esprit qui conjoignait une âme mystique avec
l'intellect du penseur le plus rigoureux. Il ne faut donc
pas s'étonner de le voir affirmer la possibilité d'une
authentique intelligence de ce que signifie le mot
Dieu , la foi étant cette précompréhension intime que
l'homme a de Dieu : savoir confiant et non croyance,
dont les formulations chrétiennes élaborées par
l'histoire dans le langage de l'Antiquité tardive peuvent
et doivent être éclairées, réfléchies par la philosophie.
Prenant acte de l'effondrement de sa transmission
traditionnelle, il forme «le souhait que < ses leçons sur
la philosophie de la religion > offrent une direction
en vue de l'avancement de l'esprit religieux et y aient
contribué» et conclut qu'»il faut laisser à l'époque
présente le soin de se tirer d'affaire.