L'effet Guyau : de Nietzsche aux anarchistes

On souhaiterait aborder dans ce livre la question souvent oubliée des
effets que l'oeuvre de Jean-Marie Guyau a continué à produire après sa
mort prématurée, en 1888. Certains penseurs se sont présentés eux-mêmes
comme des continuateurs de son oeuvre, mais, la plupart du temps,
l'influence de Guyau s'est exercée dans de telles conditions que ceux qui
l'ont reçue n'ont pas assumé le statut de disciples.
Si l'on admet que Guyau fut un philosophe de grandes idées, qu'il
n'arriva cependant pas à développer personnellement en raison de sa
disparition précoce, il est raisonnable de penser que d'autres ont, à des
degrés divers, lu et tiré profit de ses textes, et que leur travail a permis
de compléter ce qu'il n'avait pu achever. C'est ce que Fouillée signale
dans son prologue à Éducation et hérédité : «Dans toutes les parties de la
philosophie Guyau a laissé sa trace : partout il a restauré, avant Williams
James, avant Nietzsche, et avant M. Bergson, le sens et le culte de la
vie , de la vie intense et expansive , de l' effort accompagné d' espérance. »