La joie et le tragique : introduction à la pensée de Clément Rosset

Clément Rosset a commencé par développer une philosophie
tragique dans sa jeunesse. Pour cette philosophie, le
pire est toujours sûr. Les seules données fiables que recueille
une approche lucide de l'être, de l'existence, de la vie sont
l'horreur, le hasard, l'insignifiance.
Il développe par la suite une philosophie du réel, conçu
comme «sans double», c'est-à-dire absolument singulier, ne
donnant aucune prise à l'évasion, l'imaginaire, l'évaluation
morale ou, même, la description : un réel «idiot».
La grande surprise que nous réserve cette oeuvre est d'être,
malgré cet abord pour le moins sans concession, entièrement
approbatrice et résolument jubilatoire.
Clément Rosset s'inscrit, il est vrai, dans toute une tradition
philosophique qui relie vision tragique du monde et acceptation
sans réserve de l'existence. Mais il n'en apporte pas moins
une note très personnelle. Les raisons de se réjouir sont chez
lui très singulières et en grande partie mystérieuses. Cette joie,
sur fond de tragique et d'insignifiance, de quoi se réjouit-elle ?
Ce point méritait une enquête approfondie.