Ironies balzaciennes

Le sait-on ? Balzac est aussi un écrivain comique, dont les
romans sont émaillés de calembours et de brillants traits
d'esprit. Un romancier qui savoure les contrastes de la nature ou les
cacophonies sociales : «les crapauds près des fleurs», par exemple,
ou, à l'Opéra, des vieillards à côté des jeunes filles... L' esprit balzacien
se réduit rarement à la simple antiphrase. C'est pourquoi
Balzac, ou plutôt les multiples pratiques balzaciennes de l'ironie,
peuvent nous apprendre à repenser la question de l'ironie romanesque,
qui dépasse les catégories poétiques habituelles pour inventer
ses propres repères et ses propres valeurs. Car cette nouvelle sorte
d'ironie est une structure morale et culturelle marquant le début de
ce qu'on appellera «l'ère du soupçon», caractéristique de notre
modernité. Elle fait de la lecture un piège et un plaisir. Comme
l'auteur, le lecteur est amené à se demander quelle est sa place par
rapport aux fictions qui lui sont proposées : adhésion ? refus ?
connivence ?