Critique, n° 685. Gastronomie

Le temps n'est plus où Roland Barthes pouvait s'étonner que
«pour le chercheur, la nourriture» reste un «sujet futilisé ou
culpabilisé». Tous les savoirs, ou presque, se pressent désormais
aux portes du royaume des saveurs : l'histoire, l'anthropologie,
la sociologie, bien sûr, mais aussi la médecine, la chimie et jusqu'à
la philosophie, longtemps boudeuse, font aujourd'hui
escorte à la littérature, vieille compagne, elle, de ce que
Montaigne appelait la «science de gueule».
Car des toutes premières recettes, apparues à Sumer avec l'invention
de l'écriture, jusqu'aux manuels qui pendant des siècles
ont transmis la tradition gastronomique, l'écrit n'a cessé de jouer
un rôle déterminant dans les affaires de bouche. C'est plus que
jamais le cas : ouvrages savants, «beaux livres» et revues spécialisées
prolifèrent depuis une bonne décennie à un rythme
effréné. Et si elle s'avère particulièrement ardente en France, aux
États-Unis, en Grande-Bretagne et en Italie, nul pays n'échappe
plus à cette gastromanie.
Ce numéro spécial, dirigé par Jean-Claude Bonnet et Allen S.
Weiss, nous invite à partager cet engouement, en même temps
qu'il s'efforce d'en rendre raison.