La question de la grécité dans la musique néohellénique

Ce livre propose une réflexion sur la création musicale savante en
Grèce pendant la période qui s'étale du début du XIX<sup>e</sup> siècle à l'entre-deux-guerres,
en suivant la naissance et l'essor du concept de la grécité.
Comme bien d'autres mutations culturelles de cette époque, l'aspiration
à une création musicale savante à caractère national s'engage aussi dans
le miroir romantique où le monde néohellénique contemple la culture
populaire. L'«invention de la tradition» offre dans ce cadre la source d'une
koinè musicale, qui finit par porter un vieux langage oral au-delà de ses
limites ; qui assure les symboles de la nouvelle ère, solidement construits
sur les valeurs du passé ; qui établit un réseau d'hégémonismes culturels,
desservant en même temps le règlement des rivalités personnelles qui en
résultent. Dans l'imaginaire collectif, la musique populaire devient
alors un dépositaire sacro-saint de valeurs esthétiques, figurées par une
construction complexe de stéréotypes. L'École nationale de musique finit
ainsi par monopoliser les esthétiques et les idées durant la première moitié
du XX<sup>e</sup> siècle, et impose son impact bien au-delà de cette ère, affectant aussi la
quête de la modernité.