Cahiers Gaston Bachelard. Bachelard et l'écriture

Affranchi de tout dogmatisme philosophique et de tout hermétisme sclérosant,
l'oeuvre de Gaston Bachelard se déploie dans un bonheur d'écriture. En s'articulant
sur la question de l'écriture et du langage verbal, les études ici réunies conduisent
au coeur de cette singularité. Elles sont présentées selon une disposition ternaire.
Est d'abord convoqué le rêveur de mots, celui qui, notamment dans ses derniers
opus, considère l'espace littéraire et l'espace poétique comme une source intarissable
de méditation. Dans un second volet, particulièrement riche, ce sont les
mots de Bachelard eux-mêmes qui sont diversement soumis à l'exégèse. Enfin,
plusieurs études, assumées en particulier par des chercheurs oeuvrant à l'étranger,
font surgir le fondamental et redoutable problème de la traduction.
Bachelard, «lecteur dévorant» lui-même, celui dont la prière au dieu de la
lecture demeure jusqu'à sa mort, «donnez-nous aujourd'hui notre faim quotidienne»,
nous révèle que la jouissance d'un texte commence avec sa relecture,
lorsque les mots, dégagés de leur embrigadement discursif, acquièrent leur puissance
iconique, musicale, poétique ainsi que leur énigmatique saveur tellurique.
Dans cet univers voué aux mots, la lecture est bien la source de l'écriture quand
«les mots vont cherchant, dans les fourrés du vocabulaire, de nouvelles compagnies».