Critique de la rationalité administrative : pour une pensée de l'accueil

On réforme et révise beaucoup, on modernise (école, santé,
justice...). Cela revient à une entreprise généralisée d'administration
qui consiste à soumettre les savoirs et les projets à une logique
comptable, à subordonner la pensée au calcul et au résultat. Ancien et
souvent dénoncé, le processus, néanmoins, n'a aujourd'hui plus rien de
la bêtise bureaucratique des ronds-de-cuir ou de la rigidité froide des
planificateurs ; il a gagné en performance, en high-technicité, il sait être
attractif et participatif.
À côté du travail des sciences sociales, une critique philosophique
de la rationalité administrative s'impose alors, car administrer, ce n'est
plus seulement gérer le monde, c'est le nier et le perdre. Moins encore
que sa forme, mais plus que sa déformation, l'administration est la
formule du monde, son chiffre, son format. On numérise et régule et
programme, on informe et, rêvant le monde comme un tableau à double
entrée, on fait la chasse à l'incertitude, on traque la contingence. Or, on
ne joue pas avec le possible sans mettre en péril l'essentiel, car c'est
dans cette fissure du nécessaire, dans ce silence des causes, que l'on
agit et désire, c'est là que l'on invente et commence, refusant les faux
décrets du destin - le temps d'une histoire.
Tout en démontant ce dispositif administratif, l'auteur tente de
dégager les éléments d'une pensée de l'accueil qui soit aussi une
éthique du futur et une politique du divers. Naïvement, peut-être, et
simplement, il propose des «exercices de vie» : prendre soin des
choses et partager le monde, considérer notre finitude, ménager le sens
et donner la parole, en un mot, protéger la fragile possibilité du
possible.