Madînat Saltîs : une ville islamique dans les marécages de l'Odiel (Huelva, Andalousie) du IXe au XIIIe siècle

L'île de Saltés est un espace sableux, situé au milieu des marécages de l'estuaire de l'Odiel et du Rio Tinto,
dans le sud-ouest de l'Espagne, en Andalousie. Les indices d'une occupation protohistorique rappellent que
son emplacement a souvent été associé à la mythique Tartessos. Totalement inhabitée aujourd'hui, l'île fut, au
Moyen Âge, le lieu où s'établit la ville musulmane de Madinat Saltis, riche et active - en particulier comme
centre de production métallurgique - entre le IX<sup>e</sup> siècle et le milieu du XIII<sup>e</sup> siècle. Cet ouvrage propose une
synthèse des résultats des travaux archéologiques, réalisés entre 1988 et 2002, dans le cadre-programme de
recherches pluridisciplinaires, qui n'ont été possibles que grâce à une collaboration internationale entre les
Services archéologiques d'Espagne (Junta de Andalucia, Musée de Huelva), de France (Centre national de la
recherche scientifique à Lyon, Casa de Velázquez à Madrid) et de Belgique (Service public de Wallonie, Institut
du Patrimoine wallon, Université de Gand).
L'ambition des dix-sept auteurs, dont les contributions ont été réunies ici, est de fournir des pistes de lecture
et de compréhension des particularités et de l'importance historique d'un habitat original, actif dans les
domaines de la pêche et du traitement des métaux polymétalliques du belt minier de la Sierra de Huelva, et
très lié de ce fait aux routes maritimes de l'Atlantique et de la Méditerranée. Les chapitres 1 et 2 replacent la
cité musulmane dans le contexte de l'histoire d'al-Andalus et soulignent sa vocation industrielle et commerciale,
ce que confirme l'examen détaillé des textes arabes médiévaux (chapitre 3). La géologie et la géographie
locales jouent un rôle fondamental dans l'histoire de Saltés, de sorte qu'une place importante a été laissée
à l'analyse des données géologiques et à l'étude d'une séquence stratigraphique remontant au VIII<sup>e</sup> siècle
avant notre ère (chapitre 5 à 7). Alors que les sondages profonds attestent une présence humaine dès le
II<sup>e</sup> siècle de l'Hégire - et l'on sait que les Normands s'en sont emparés en 844 -, une approche en archéologie
extensive fut rendue plus aisée, dans la mesure où la cité médiévale a été définitivement abandonnée dès le
milieu du XIII<sup>e</sup> siècle, sans réoccupation postérieure. Les travaux effectués permettent une description précise
de l'urbanisme saltésien et des maisons des XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècles (chapitres 8-9). Les indices repérés dans la
fouille nous informent sur la vie quotidienne de la cité : activités domestiques (chapitre 10), alimentation des
populations (chapitre 11) et activités économiques essentielles que sont la pêche (chapitre 11) et l'industrie
métallurgique (chapitre 12).
Au-delà de l'aspect original concernant une petite ville andalouse des IX<sup>e</sup>-XIII<sup>e</sup> siècles, les fouilles de
Madinat Saltis éclairent, sur un exemple précis facilement transposable à d'autres situations historiques ou
géographiques, les conditions d'existence des sociétés médiévales.