Clarté. Vol. 1. 1919-1924, du pacifisme à l'internationalisme prolétarien : itinéraire politique et culturel

Face à l'immense tragédie de 1914-1918, Clarté , mise sur pied par
Henri Barbusse à l'été 1919, cherche à organiser le rassemblement
des intellectuels combattants décidés à bannir l'ordre de la guerre
dans l'opinion. Soutenant au départ une démarche internationaliste
et pacifiste, ils s'engagent très vite dans une dénonciation de l'ordre
bourgeois qui les a précipités dans cette effroyable tuerie. La révolution
russe victorieuse représente pour eux le modèle socialiste qui saura
donner naissance à une société égalitaire et anti-guerrière. Ils fustigent
alors la trahison des socialistes de l'Union sacrée et apportent leur
soutien au jeune parti communiste naissant.
Condamnant tout amour des armes et de la gloire militaire, ils
s'attaquent aux écrivains patriotes, aux cadres de l'armée et de la justice,
aux chefs de gouvernement, serviteurs zélés de l'appareil nationaliste et
de ses crimes. S'inspirant des réalisations soviétiques, ils veulent fonder
une éthique et une culture d'essence prolétarienne.
Croyant en l'imminence d'une poussée sociale violente, la défaite
du prolétariat allemand en octobre 1923 les plonge dans le doute et
l'incertitude. Mais en s'inspirant à la fois du modèle bolchévique et
sorélien, ils retrouvent foi dans la lutte politique. Ils jettent les bases
d'un langage artistique français et occidental d'inspiration communiste
et entreprennent une critique systématique de la culture bourgeoise
jusqu'en 1924, ce qui les conduira à rejoindre le groupe d'André Breton
au cours du printemps 1925. A l'automne 1927, ils se décideront à servir
la cause de Léon Trotsky et du trotskisme face au pouvoir stalinien.