Esthétique. Méditations philosophiques sur quelques sujets se rapportant à l'essence du poème. Métaphysique

A.G. Baumgarten (1714-1762) acquit en son siècle une certaine
célébrité par sa Métaphysique , exposé de la philosophie leibni-zienne.
Kant, qui utilisa cet ouvrage comme manuel pour ses
propres cours, aimait à louer les qualités d'analyste du «très
pénétrant Baumgarten», en qui Herder, de son côté, saluait
l'Aristote de son temps.
Mais Baumgarten fut bien plus que le brillant auteur d'un
manuel scolaire. Il fit oeuvre originale en faisant servir la métaphysique
leibnizienne à l'élaboration d'une discipline philosophique
nouvelle : l'esthétique.
Baumgarten est l'inventeur de l'esthétique. Il en crée le nom et
le concept ; il en constitue l'objet ; il tente enfin de lui donner la
forme d'une science systématique.
Par là, il met fin, à l'intérieur du rationalisme métaphysique
lui-même, à la dévalorisation du sensible. La sensibilité est, certes,
le signe de notre finitude, mais elle est aussi bien un mode
irréductible et autonome du savoir ; et l'art, qui est la perfection
du sentir, n'apparaît plus comme l'ornement d'une vérité indépendante,
mais bien comme le lieu unique d'une connaissance
spécifique. Ainsi l'Esthétique de Baumgarten, découvrant l'autonomie
de la beauté et de l'art, débouche-t-elle sur l'exaltation de
la finitude.