Spinoza et les mathématiques

L' Ethique , les Principes de la philosophie de Descartes ,
plusieurs Lettres et nombre de passages de ses autres
oeuvres témoignent de l'intérêt de Spinoza pour les
mathématiques : elles fournissent des exemples, des
références, un langage d'exposition. La bibliothèque de Spinoza
porte la trace, elle aussi, de cette culture mathématique. Ce n'est
pas un hasard : la démarche des géomètres, qui s'occupent des
propriétés de leurs objets et non des fins, paraît fournir une norme
au philosophe qui veut abandonner les illusions du libre-arbitre et
de la finalité ; il pourra ainsi connaître les lois de la connaissance,
des passions ou de la politique sans tomber dans les erreurs des
moralistes ou les regrets des mélancoliques. Pouvons-nous pour
autant identifier la méthode de Spinoza à celle des mathématiciens
? et d'abord, de quelles mathématiques s'agit-il, en ce XVII<sup>e</sup>
siècle où plusieurs écoles, plusieurs démarches s'affrontent ?
Les commentateurs n'ont pas toujours su comment interpréter
cette présence massive d'une science. Certains y ont même vu
l'abandon de l'analyse proprement philosophique, d'autres un
simple masque destiné à protéger des pensées dangereuses.
Le but du présent ouvrage est d'éclairer quelques-unes des
questions soulevées par ce croisement de deux disciplines : il étudie
les différentes occurrences d'exemples mathématiques ou de
références aux mathématiques sous la plume de Spinoza ; il les
replace dans le contexte où elles prennent sens, car l'époque où
Spinoza écrit est celle où se poursuivent un certain nombre de
controverses sur le statut, les objets et les méthodes de cette
science ; il détermine enfin d'où Spinoza tire son savoir en la
matière et ce que cela implique pour sa démarche.
L'appendice fournit l'original et la traduction de textes classiques
qui éclairent les questions et les enjeux du mos geometricus.