Essais sur l'expérience photographique. Vol. 3. L'excès et le reste

La photographie, que l'on a pu qualifier d'«art moyen»
dans ses usages ordinaires, est en réalité, dans ses usages
artistiques, un art de l'excès. Littérale et réaliste à l'extrême
dans certains cas, fictionnelle et fantastique dans d'autres,
elle semble osciller entre différents registres, description et
invention, simulacre et semblance, non par une quelconque
«nature» qui lui serait propre (son «essence»), mais
comme si elle était emportée par ce qui la déborde. Est-ce
la profusion insaisissable des phénomènes, ou au contraire
celle de la conscience qui les perçoit (ou les imagine) ? Est-ce
l'irréductible perte de ce qui a été (le fameux «avoir-été-là
barthésien») ?
Si une réponse est possible, elle ne peut que se fonder sur des
traces, des signes, des empreintes : la photographie est un
jeu de restes, ce qui reste d'un parcours, d'une expérience,
irréductible à autre chose. Sans équivalents (mais cela
n'empêche pas d'en chercher...), sans commune mesure.
Les seize textes réunis ici tentent de rendre compte de ces
questions, de ces tensions qui traversent et structurent
l'expérience photographique. Ils s'appuient pour cela sur
des oeuvres ou des cheminements bien précis, qui sont
envisagés comme autant de territoires d'expérimentation
et d'interrogations.