In-finis terrae. Vol. 1. Villa Belga : échos d'une émigration dans le sud du Brésil (1904-1910)

1904. On émigre pour les « pays neufs ».
On court vers la fortune, comme ces ingénieurs
des chemins de fer belges. On fuit la justice,
les lois anticléricales. Ou la terreur, comme ces
Juifs de Russie. Un contrat en poche, on embarque sur un steamer, on s'installe dans une
cabine de première classe. Sans rien dans les
mains, on s'agglomère sur l'entrepont, on sera
colon, emportant ce qu'on a de plus cher :une
scrupuleuse droiture, un acharnement à réussir dans l'adversité, une
fierté de la besogne accomplie, un sens de la fraternité.
Le Brésil, jeune république, peuple ses territoires incultes. La Belgique
exporte sa révolution industrielle. La petite ville de Santa Maria da
Boca do Monte, au coeur de l'état du Rio Grande do Sul, où
viennent de s'implanter les grands ateliers d'une compagnie ferroviaire
belge, et, non loin, une colonie agricole juive, est un point de
convergence de cette révolution, de cette immigration.
C'est là que s'érige la « Villa Belga », cité calquée sur les corons, qui
donne lieu, ici, à une évocation imaginaire de ce passé perdu de vue.
S'y heurtent espoirs, utopies, et sombres desseins de passagers qui
ont vu leurs sorts se lier à bord du Paranaguá. Émigre-t-on impunément ?