Raphaël

"La nuit du vendredi saint - écrit Marcantonio
Michiel à Antonio Marsilio, à Venise, le
11 avril 1520 - à trois heures du matin,
l'aimable et excellent peintre Raphaël d'Urbino est
mort, provoquant une très grande et universelle
tristesse, plus particulièrement chez les lettrés [...].
Le palais du pape ayant tellement menacé de
s'écrouler ces jours-ci que Sa Sainteté est allée
s'installer dans les appartements de monseigneur de
Cibo, il y a des gens qui disent que ce n'est pas le
poids des portiques qui en est cause mais le fait que
leur décorateur ait disparu.» Raphaël a été à tel
point l'interprète d'un idéal de beauté classique,
codifié et reconnu comme la perfection pendant des
siècles, qu'il s'est confondu avec notre idéal de la
beauté et qu'on ne distingue plus chez lui la beauté
naturelle de l'expression artistique. Et c'est en cette
absence de filtre que résident le mystère et la
grandeur de l'artiste.