L'homme économique : essai sur les racines du néolibéralisme

Le néolibéralisme entend triompher partout dans le monde comme la
norme unique d'existence des êtres et des biens.
Il n'est pourtant que la pointe émergée d'une conception anthropologique
globale qu'au fil des siècles l'Occident a élaborée. Celle-ci pose que
l'univers social est régi par la préférence que chacun s'accorde à lui-même,
par l'intérêt qui l'anime à entretenir les relations avec autrui, voire l'utilité
qu'il représente pour tous. La définition de l'homme comme «machine
à calculer» s'étend bien au-delà de la sphère étroite de l'économie, elle
fonde une conception complète, cohérente, de l'homme intéressé, ambitionnant
même un temps de régir jusqu'aux formes correctes de la pensée,
à l'expression juste du langage, à l'épanouissement droit des corps.
Cette anthropologie utilitariste, fondement spécifique de la morale et de
la politique en Occident, fait retour avec le néolibéralisme contemporain
sous des formes nouvelles.
En retraçant, dans un vaste tableau d'histoire et de philosophie, les
racines du néolibéralisme, Christian Laval donne à voir la forme, le
contenu, la nature de la normativité occidentale moderne telle qu'elle
s'affirme aujourd'hui dans sa prétention à être la seule vérité sociale, à se
poser en seule réalité possible.