Tout ce qu'il reste d'ombres dans la nuit

Jean Ribes , ancien collègue, vieil ami
perdu dans les terribles vagues du temps et
de la vie quotidienne, je le retrouvai après
de longues années. Nous échangeâmes ce
qu'avaient été nos existences respectives ; lui
évoquant ses activités de militant, moi, mes
divers travaux et témoignages poétiques. C'est alors qu'il me fit lire
les textes qui composent le livre que voici. Il était sous le coup de
la disparition de Nadia , sa compagne, une présence qui le hante
comme en témoignent les derniers poèmes. Avec la perte de ma
propre épouse, je partageai avec lui une présence disparue et vivante en nous.
Je fus bouleversé par la tenue, par la pudeur, par le lyrisme
maîtrisé de ces poèmes qui émergeaient d'une vie après de longs
silences. Et je lui dis : « Jean, ces poèmes, tu dois les offrir à ceux
que tu aimes et à ceux qui sauront te suivre au bout de ta nuit, et les
publier. Je te donnerai la marche à suivre. »
Je suis fier aujourd'hui d'avoir pu aider à mettre au jour une
poésie qui tient sa force et sa beauté d'un constant refus du pathétique et d'une constante conscience de la durée qui efface tout, ainsi : « La seule arme contre le temps/est usée par le temps lui-même », écrit Jean Ribes.
La publication de ces poèmes ne fait certes pas qu'ils soient soumis à l'usure du temps, Mais au contraire qu'ils lui survivent dans le poème.
Avoir persuadé leur auteur de révéler ce qui demeure « des
ombres douloureuses et passionnées », et drôles parfois, de sa nuit,
est bien pour moi un don de l'amitié.