Jean de la Roche

Je peux dire sans hyperbole que j'ai été
élevé dans un rocher. Le château de mes pères,
très bien nommé le château de La Roche, est
bizarrement incrusté dans l'excavation d'une
muraille de basalte de cinq cents pieds d'élévation.
La base de cette muraille forme, avec son
vis-à-vis de roches identiques, une étroite et
sinueuse vallée où, à travers de charmantes
prairies ombragées de saules et de noyers,
serpente et bondit en cascatelles impétueuses un
torrent inoffensif.
C'est donc un nid que le château de La
Roche, un vrai nid de troglodytes, d'autant plus
que tout le flanc du rocher dont nous occupons
le plus large enfoncement est grossièrement
creusé de grottes et de chambres irrégulières
que la tradition attribue aux anciens hommes
sauvages (c'est le mot très juste dont se servent
nos paysans), et que les antiquaires n'hésitent
pas à classer parmi ces demeures des peuples
primitifs que l'on rencontre à chaque pas sur
certaines parties du sol de la France.