L'humanité du Christ comme instrument de salut de la divinité

L'étude de Theophil Tschipke porte sur un point de christologie qui
est un des joyaux de la patristique grecque : le rapport entre la divinité
et l'humanité du Christ qui fait de cette dernière, non seulement le signe
mais l'instrument de sa divinité. C'est à partir du donné évangélique
concernant la manière d'opérer du Christ quand il accomplit un
miracle, que les Pères (Athanase, Cyrille d'Alexandrie, Jean Damascène)
ont progressivement scruté comment la puissance de Dieu agit par
l'humanité assumée.
La tradition patristique latine est restée relativement en retrait de cet
effort théologique, et sa sacramentologie s'en ressent : elle peine à
accorder au rite sacramentel toute sa place parce qu'elle ne saisit pas
encore à quel point l'humanité du Christ est active dans le don de la
grâce (c'est frappant chez Augustin).
Il faut attendre la scolastique, d'abord du XII<sup>e</sup> s. (Ecole de Reichsberg),
pour voir les théologiens latins se saisir de la question. Au XIII<sup>e</sup> s., Thomas
d'Aquin - assez isolé parmi ses pairs - grâce à la redécouverte de
la patristique grecque, va porter cette doctrine à un point de maturation
décisif. Cela marquera la tradition latine, notamment sa théologie des
sacrements, jusqu'à nos jours.