Entre deux lettres ou Opéra slam

Au long des dernières décennies, un foisonnement
d'expériences plastiques place le corps au centre des problèmes
esthétiques. La littérature semble avoir vieillie, elle semble
toujours rester au pied de la lettre, sans oser déborder en quelque
sorte. Je commence donc par dire ceci : dans ce nouveau recueil
de Facinet (qui succède les Poèmes des bouts de la langue), les
corps débordent entre les lettres, notamment entre les deux lettres
des amoureux. C'est peut-être facile à dire, moins facile à faire.
Dans ces véritables performances de langage , le langage est en
creux et les corps sont en crue. Ces deux modalités,
complémentaires, alternent, s'imbriquent, comme dans un jeu
cubiste dont le poète reste le chef d'orchestre. Il y a mis, à maintes
reprises, «assez de musique», avec ceci de particulier : les mots
y sont comme des cubes, et le recueil ne peut de ce fait que tourner
à un jeu de palabre absolument contemporain, par ses formes et
par ses thèmes. Certaines lettres y sont nommées, d'autres pas ;
certaines sont croisées, d'autres distribuées, les mots se croisent
toujours dans leurs verticales et leurs horizontales.