Pourquoi je suis royaliste

Il faut toujours prévoir le pire quand il s'agit des
affaires humaines. Il est possible que la démocratie
triomphe et recouvre l'univers d'une barbarie semblable
à celle qui suivit la chute de l'Empire. Comme
l'humanité ne peut pas plus vivre dans le désordre
parfait que dans l'ordre éternel, elle retrouvera un
ordre, un équilibre. Mais après des siècles, quand la
France sera perdue. C'est nécessaire au plan de la
divinité ou de la nature ? C'est possible. Mais cette
hypothèse échappe à ma raison. Celle-ci ne voit que
la supériorité théorique du gouvernement d'un seul ;
puis son avantage pour la France ; et au-dessus encore,
ce double avantage pour l'esprit humain :
qu'il y ait demain dans le monde une France semblable
à celle du passé ; que la forme du gouvernement
la plus raisonnable et normale soit adoptée
par les nations bienfaisantes. C'est mieux ainsi, plus
sensé et plus naturel. Tout porte à croire qu'un Français
des beaux siècles eût raisonné de la sorte, et que
cette vue est conforme à l'humanisme qui ne séparait
pas le service de la patrie du service de l'espèce. La
parole humaine n'est pas douée d'un pouvoir de
magie ; mais s'il est une formule qui ait contribué à
diminuer sur la terre la part du mal et de la douleur,
c'est celle par laquelle le héraut de France résumait
l'expérience du plus doué de tous les peuples : «Le
roi est mort, vive le roi !»
Lucien Dubech