Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 166. L'Evangile de Jean

Les trois premiers évangélistes se sont arrêtés, pour ainsi dire, aux faits transitoires que présente le côté sensible et humain de la vie de Jésus-Christ. Mais saint Jean a surtout considéré dans Notre-Seigneur la divinité par laquelle il est égal au Père ; et en écrivant son Évangile c'est ce qu'il a voulu principalement faire ressortir dans la mesure qu'il a jugée suffisante pour des hommes. Ainsi, il s'élève bien au-dessus des trois autres : on croit voir ces derniers suivre sur la terre Jésus-Christ comme homme, et saint Jean franchir l'enveloppe nébuleuse qui recouvre toute la terre et arriver au ciel pur, où le regard de son esprit plein d'assurance et de subtilité va découvrir en Dieu même le secret de l'éternelle génération du Verbe par qui toutes choses ont reçu l'être ; là il apprend que le Verbe s'est fait chair pour habiter parmi nous (Jn 1, 1, 3-14) ; en ce sens que le Fils de Dieu s'est uni la nature humaine et non qu'il s'est changé en elle : car si le Verbe avait pris la chair sans garder immuable sa divinité, il ne dirait pas : « Moi et mon Père nous sommes un (Jn 10, 30) », puisque le Père et la chair ne peuvent pas être une même nature. Seul l'Apôtre saint Jean a rapporté ce témoignage que Notre-Seigneur rend de lui-même. Seul encore il a reproduit ces autres paroles du divin maître : « Qui m'a vu, a vu mon Père (Jn 14, 9-10) » ; et celles-ci : « Afin qu'ils soient un comme nous sommes un (Jn 18, 22) » ; et celles-ci encore : « Toutes les choses que fait le Père, le Fils les fait également (Jn 5, 19) ». Enfin tous les passages qui révèlent aux intelligences droites la divinité qui rend Jésus-Christ est égal au Père, seul pour ainsi dire, saint Jean les a présentés, dans son Évangile. On dirait qu'en reposant sur la poitrine du Seigneur, comme il avait coutume de le faire quand il mangeait avec lui (Jn 13, 23), il a puisé plus abondamment et plus familièrement à cette source le secret de sa divinité avec plus d'abondance et, pour ainsi dire, plus de profonde intimité que les autres.»
S. Augustin, De l'accord des évangélistes IV, 7.