Femmes et création : actes de la journée d'études du 24 août 2010 à l'Université de la Nouvelle-Calédonie

Vénus et Athéna, Médée et Calypso, Sapho et Pénélope,
Phèdre et Ariane, Pandore, Schéhérazade, Kaapo, Antigone, la
muse et l'amazone, la courtisane et la sorcière, ou l'inverse...
De combien de mythes aura-t-on attifé les femmes, à travers
les siècles, pour brouiller leur image entre l'art et le savoir, la
connaissance et l'inspiration ou la théorie et la création ? De
combien de masques aura-t-on affublé la femme, pendant
toutes ces ères de l'humanité et de ses civilisations, pour la
réduire au silence ? Simone de Beauvoir nous en donne une
idée dans Le deuxième sexe.
«La parure des femmes, c'est le silence» dit un vers de l'Ajax
de Sophocle, et dans la Bible, c'est Ève qui offre la pomme à
Adam pour se faire virer du paradis et peut-être lui apprendre
que l'enfer, c'est les autres. La question est de savoir si le silence
n'est qu'une parure et si, en fait, ce ne serait pas Ève qui
détiendrait naturellement le savoir ou le pouvoir de la
connaissance pour sortir l'homme de son innocence, comme
elle détient la vie et porte l'enfant avant la naissance.
Je crois que l'évidence de la réponse est si flagrante qu'on
mettra des millénaires à fonder, à asseoir et à véhiculer les
mythes les plus fantasmagoriques et les plus catastrophiques,
comme celui de la vierge Marie, pour brouiller les pistes et en
venir à bout. En vain.
Déwé Gorodé