The good soldier, Ford Madox Ford

Ford Madox Ford est tout à la fois un romancier et un théoricien du
roman. Il s'est intéressé tout particulièrement à l'évolution de ce genre
littéraire, dans son effort constant pour en innover la facture. C'est un
styliste qui sait tirer le meilleur parti des devanciers qu'il se choisit : Defoe,
Richardson, ou encore James et Conrad - son presque contemporain - mais
aussi Maupassant et Flaubert. Car Ford contribue largement à sortir le
roman anglais de son insularité, en l'exposant aux courants esthétiques qui,
dans les premières décennies du XX<sup>e</sup> siècle, ne connaissent pas de frontières :
le Futurisme, le Cubisme, et le Vorticisme.
The Good Soldier est le roman des paradoxes. Sans traiter ouvertement de
la Grande Guerre, il évoque l'arrière-plan historique d'un monde dont les
valeurs s'effondrent. C'est un texte qui traduit le chaos à travers une maîtrise
formelle incomparable. Enfin, le roman de Ford illustre le glissement de
l'Impressionnisme littéraire vers ce qui allait devenir le Modernisme. Ce
roman, qui associe fiction et métafiction, historiographie et fable, et qui
emprunte à l'esthétique préraphaélite, tout en s'engageant sur la voie de la
fragmentation de l'écriture, avait tout pour retenir l'attention des écrivains
contemporains ; ce qui n'a pas manqué de se produire avec, notamment,
P. Ackroyd et A.S. Byatt.