Faut-il supprimer les hôpitaux ? : l'hôpital au feu de Michel Foucault

L'hôpital public est malade. Sur fond de crise chronique, son état
ne cesse d'empirer. La prochaine réforme viendra s'ajouter aux six
réformes votées depuis 1958. L'institution n'a pas pour autant perdu
son prestige. L'hôpital reste le dépositaire de valeurs incontestées, lieu
d'accueil inconditionnel de la souffrance, symbole de l'égalité des
soins, haut lieu de la technique médicale. Son état apitoie plutôt qu'il
n'interpelle, il faut venir à son chevet, «sauvons l'hôpital public» est
le mot d'ordre en vigueur.
Évoquer la suppression de l'hôpital dans ce contexte confine au
sacrilège. Nous avons pourtant tenté de regarder autrement l'institution,
nous l'avons examinée dans l'épaisseur de son histoire. Ce regard au
travers de l'histoire méritait de convoquer Michel Foucault, philosophe
et historien de la médecine. C'est à la croisée de la pensée de Foucault
et de notre expérience de médecin hospitalier que nous avons osé penser
la contingence de l'hôpital.
Fondé au milieu du XVII<sup>e</sup>, l'hôpital était un lieu ambigu d'accueil
et d'enfermement, de soins et d'insalubrité et pesait sur les finances de
l'État. C'est pourquoi les révolutionnaires de 1789 ont envisagé de le
supprimer. Ils ont finalement renoncé mais nous ont donné par leur
geste la mesure et le sens de ce qui était à penser pour sortir l'hôpital
de son marasme. La mesure par l'ampleur du débat public que la question
des hôpitaux a suscité pendant la période révolutionnaire, le sens
parce que c'est à partir d'une rationalité médicale conforme aux idées
de l'époque, que les hommes du Siècle des Lumières ont transformé
l'hôpital en «machine à guérir». Et par une récompense imprévue, la
pensée médicale a trouvé à l'hôpital sa scientificité. La révolution technologique
aujourd'hui a changé l'apparence de l'hôpital, mais n'a pas
délié le noeud originel. Au XVIII<sup>e</sup> siècle, la structure «hôpital», espace
analytique, et la pensée médicale étaient solidaires. Nous invitons le
lecteur à remonter le cours de l'histoire pour saisir la force du lien qu'il
s'agit de trancher si l'on veut réformer notre système de santé et adapter
l'hôpital au statut épidémiologique actuel.