Lisette de Brinon, ma mère : une juive dans la tourmente de la collaboration

Rien ne prédestinait Lisette, issue d'une famille juive ardemment patriote, à
devenir l'épouse de l'un des chefs de file de la Collaboration, fusillé en 1947.
Lisette de Brinon a accumulé avec un inlassable dynamisme toutes les
contradictions et les ambiguïtés du tumultueux XX<sup>e</sup> siècle. Son fils évoque,
sans indulgence mais non sans attachement, le singulier itinéraire de cette
femme à travers les tempêtes du siècle dernier.
Il ne s'agit pas là des souvenirs d'un vieil orphelin, mais d'une chronique
des années d'avant-guerre, de la guerre et de Vichy, puis du Paris de l'épuration
et de l'après-guerre, tels que les a vécus la mère de l'auteur, porteuse d'un
nom maudit et restée fidèle à la mémoire d'un homme qui l'avait pourtant
répudiée avant de tomber sous les balles d'un peloton d'exécution en 1947.
Lisette goûte à pleines dents les «années folles» du premier après-guerre.
Femme «dans le vent», elle réunit à sa table le Tout-Paris littéraire et politique,
de Jean Cocteau à Pierre Drieu la Rochelle, de Léon Blum à Jean-Louis
Tixier-Vignancourt.
Au début des années 1930, elle fait une rencontre qui va changer le cours
de sa vie : celle de Fernand de Brinon, brillant journaliste et spécialiste de
l'Allemagne. Pour lui, elle se convertit au catholicisme et obtient en Cour de
Rome l'annulation de son premier mariage.
Devenue comtesse de Brinon, Lisette tient un salon d'un autre genre, antichambre
du «Comité France-Allemagne» dont son mari est l'animateur,
avant de basculer dans la Collaboration.
Frappée comme ses enfants par le statut des Juifs, Lisette entame un destin
difficile d'épouse plus ou moins cachée, «aryenne d'honneur» de fait, mais
persona non grata à Paris comme à Vichy.
Après trois ans de guerre dans une escadrille de bombardement, son fils
retrouve enfin Lisette, qui vient d'être arrêtée avec son mari sur les bords du
Lac de Constance, à la prison de Fresnes. Et c'est à ses côtés qu'il assiste au
procès de Brinon et entend prononcer l'inévitable sentence de mort.
Lisette de Brinon connaîtra une dernière amitié amoureuse avec une autre
des grandes figures de la Collaboration, Jacques Benoist-Méchin, condamné à
mort comme Brinon par la Haute Cour mais gracié. Jusqu'à son dernier
souffle en 1982, à travers les orages et les deuils, Lisette l'indomptable ne
perdra rien de son appétit de vivre.