André

C'est à Venise que j'ai rêvé et écrit ce
roman. J'habitais une petite maison basse, le
long d'une étroite rue d'eau verte, et pourtant
limpide, tout à côté du petit pont dei
Barcaroli. Je ne voyais, je ne connaissais, je ne
voulais voir et connaître quasi personne.
J'écrivais beaucoup, j'avais de longs et
paisibles loisirs, je venais d'écrire Jacques
dans cette même petite maison. J'en étais
attristée.
J'avais dessein de fixer ma vie alternativement
en France et à Venise. Si mes enfants
eussent été en âge de me suivre à Venise, je
crois que j'y eusse fait un établissement
définitif, car, nulle part, je n'avais trouvé une
vie aussi calme, aussi studieuse, aussi complètement
ignorée.
Et cependant, après six mois de cette vie,
je commençais à ressentir une sorte de
nostalgie dont je ne voulais pas convenir
avec moi-même. Cette nostalgie se traduisit
pour moi par le roman d' André.