Education et temporalités

Toutes les espèces vivantes sont assignées aux diktats de leurs
perceptions et doivent produire des réponses immédiates ! Toutes à
l'exception de l'Homme : seule l'espèce humaine est capable de se
distancier de l'espace visible et d'anticiper les situations à venir !
Aussi, pour assimiler les prévisions imposées par notre culture, notre
capacité à attendre s'avère essentielle. Peut-on concevoir une logique
de projet qui ne prendrait pas appui sur cette aptitude à différer ? Sur
ce fondement, par l'éducation, nous apprenons à dépasser les
contingences de l'immédiateté sensorielle pour agir ensemble sur nos
conditions à venir. L'Homme est un animal anticipateur !
Mais actuellement, la crise d'un avenir « à prendre avec
précaution » atteste que l'horizon temporel s'effondre ; cette crise de
l'être dans la durée fragilise les identités et génère une profonde
difficulté à s'engager. Le rapport au temps se décline maintenant en
termes d'excès de vitesse, de zapping sensoriel, d'hédonisme à crédit,
de satisfaction immédiate jusqu'au surendettement !
Mais que savons-nous de la dernière conquête de notre espèce ?
Par quelles voies ces fragiles compétences, que nous proposons
d'appeler précursives , en nous s'élaborent, se défont ou se restaurent ?
Lorsque la relation au temps semble arrêtée, de quoi s'agit-il ?
Biologique ou sociale, où avons-nous appris à concevoir cette
défaillance ? Élèves incapables d'attendre, adolescents sans projet ou
adultes dans l'errance... où est la clé qui relance le mouvement ?