Charles Péguy : une humanité française

Et pourtant, quelle existence singulière et fulgurante que celle de ce normalien
qui revendiquait hautement ses origines paysannes et devint l'une
des plus grandes figures littéraires et politiques de la France contemporaine...
Il fonde en 1900 les Cahiers de la quinzaine , écrit une oeuvre
immense, publie quelques-uns des écrivains les moins conformistes de
son temps : Romain Rolland, André Suarès, Daniel Halévy... Son engagement
vigoureux dans l'affaire Dreyfus, ses combats politiques successifs
contre les manipulations de l'état-major, contre l'antisémitisme, puis
contre la république radicale, son amitié puis sa rupture brutale avec
Jaurès dessinent un personnage contradictoire et mystérieux. Rompant
avec le socialisme de ses débuts pour se convertir à un catholicisme original
et ardent, il évolue vers un patriotisme mystique incarné par Jeanne
d'Arc, figure centrale de son oeuvre poétique. Vivant dans la pauvreté
et loin des honneurs, il ne cesse d'irriter ses contemporains par son intransigeance,
sa dénonciation de l'hypocrisie du monde intellectuel et sa
critique du monde moderne, dont il souligne la vanité et la médiocrité agissante.
Quant la guerre éclate, ses doutes se dissipent. Il meurt au combat
d'une balle en plein front le 5 septembre 1914.
Sous la plume d'Arnaud Teyssier, on croise les figures majeures de notre
imaginaire politique et on décèle, grâce à l'intelligence lumineuse de
Péguy et sa profonde humanité, quelques traits très actuels de notre
impuissance démocratique.