Les mangeurs d'hommes du Tsavo

«Nous avions fermé la partie inférieure de la porte
du wagon tandis que la partie supérieure demeurait
grande ouverte pour nous permettre d'observer.
Bien sûr, nous regardions dans la direction de la
boma abandonnée, que nous ne pouvions distinguer
dans l'ombre d'un noir d'encre. Tout fut tranquille
pendant une heure ou deux, et le silence de
mort commençait à devenir vraiment monotone et
oppressant... Puis d'un bond soudain une énorme
masse se jeta sur nous.
«Le lion !» hurlai-je, et nous tirâmes à peu près
simultanément.
Une seconde de plus et le fauve aurait assurément
atterri dans le wagon. Mais ainsi il avait dû dévier
son saut, probablement aveuglé par l'éclair et
effrayé par la double détonation qui avait été cent
fois amplifiée par le toit de fer arrondi du wagon.
Si nous n'avions pas été autant sur nos gardes, il n'y
a pas de doute qu'il aurait pris l'un de nous, et nous
réalisâmes que nous avions eu beaucoup de chance
et que notre salut n'avait tenu qu'à un fil.»