Terre brûlée

«Une faible lueur traversa les persiennes closes. Dans la nuit
lourde et moite, la longue attente du jour. Tout est prêt.
La tombe est creusée, cimentée, béante. Bientôt on t'y déposera,
et l'épaisse dalle retombera, inexorable. Et moi, je pourrai fuir, courir
loin, très loin. Je ne savais pas encore qu'il est des douleurs qui vous
rattrapent toujours.
Endolorie par des mois de veilles, les membres las, les yeux
agrandis, la tête vide, je guette les premiers rayons du soleil. Déjà
les oiseaux annoncent une belle journée d'été. Je ne les entends pas ;
je ne vois rien, je ne sens rien, sinon ce poids étrange, que je ne peux
ni localiser, ni repousser. Un écran me sépare du reste de la terre.
Comme en rêve, j'accomplis les rites habituels du lever. Je prends
soin de ma toilette, de ma personne ; je surveille l'heure. "Ils" ont dit :
8 heures...»
C'est ainsi que commence le récit nerveux, sensible et tragique
des derniers jours d'Henri Calet, qui vécut amoureusement les trois
dernières années de sa vie aux côtés de l'auteur...