Réfugiés rwandais entre marteau et enclume : récit du calvaire au Zaïre 1996-1997

«Mort sans jamais pourrir,
J'ai respiré l'odeur de la jungle,
Dans l'océan du désespoir,
J'ai caressé le fond de l'enfer,
Au coeur de l'horreur,
J'ai perdu mes racines,
Limité mon poids et allongé mon pas,
Dans le corridor du sauve-qui-peut.
A travers des sombres forêts,
Au bord des eaux décevantes,
Par leur étendue et ma faiblesse,
Parmi les tueurs et les tués,
J'étais l'un ou l'autre malgré moi.
Au croisement de tous ces malheurs,
Un frère me tua, l'autre m'acheva.
Mon dernier souffle pousse encore,
Pour l'éveil des survivants,
A la repentance et l'unité».
Dans ce récit autobiographique, l'auteur décrit l'effort inouï de centaines
de milliers de réfugiés rwandais tentant d'échapper à leur anéantissement,
programmé par le régime militaire de l'Armée Patriotique Rwandaise
(APR) en 1996-1997. Marcheurs traqués à travers l'immensité du
Zaïre (actuel R-D Congo), soldés pour tout compte par la Communauté
Internationale, la plupart sont morts, les plus chanceux et les plus robustes
survivront.
Deux ans après le génocide des Tutsi - orchestré en 1994 par le régime
de feu Habyarimana - on assiste ici en direct à l'élimination massive et
indistincte des Hutu - génocidaires ou non, adultes, enfants ou vieillards -
par son successeur, le général Paul Kagame, devenu d'abord vice-Président
puis Président du Rwanda.