Senghor et la civilisation de l'universel

L'universalisme de Senghor ne témoigne d'aucune négation des
valeurs spécifiques du monde noir ni ne cherche à assimiler l'autre
dans sa propre culture ou civilisation. C'est qu'il faut mesurer
toute l'importance du métissage culturel pour lui. C'est aussi ce
qui explique sa rencontre avec d'autres artistes, surtout avec ceux
de son époque. Les seuls titres des études ici réunies en apportent
la preuve puisqu'ils évoquent, en plus des autres arts, des figures
illustres de la littérature et des arts contemporains : Césaire,
Cocteau, Rabemananjara.
Comme pour montrer que tous ces chemins mènent à
Rome, l'auteur des textes que nous aurons le plaisir de lire dans
ce livre conclut par la place centrale de l'Universel, c'est-à-dire
par la culture partagée, celle fondée sur le donner et le recevoir,
sur l'enracinement et l'ouverture, même si le poète souligne,
particulièrement, l'importance de ce qu'il apporte au banquet de
l'universel. René Gnaléga, critique de Senghor, ne pouvait mieux
faire ici, pour montrer tout cela, que de donner la parole au poète :
«En cette seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle donc, où s'élabore, avec nous
et malgré nous à la fois, la civilisation de l'Universel par totalisation
et socialisation de la planète et comme oeuvre commune de tous les
continents, de toutes les races, de toutes les nations, l'universitas ne
saurait être d'abord que la compréhension de tous les apports de
chaque continent, de chaque race, voire de chaque nation.»