La malédiction d'Orphée

Je regardais, abasourdie, le corps inerte de la jeune femme allongée
sur le sol de l'appartement. Cette femme brune, dont la maigreur
n'était pas parvenue à cacher la beauté, devait avoir dans les
vingt-cinq ans et présentait un visage encore crispé par ses souffrances.
Ses yeux étaient grands ouverts, trahissant une terreur
profonde. Pas de traces de sang, ni de lutte dans ce studio de
trente-cinq mètres carrés dans lequel elle vivait. Tout était propre,
comme si son meurtrier avait pris soin de ne rien déplacer, de ne
rien souiller.
Je n'avais pas l'habitude d'enquêter sur des affaires criminelles.
À vrai dire, c'était à la fois ma première permanence et ma première
affaire en tant que nouvel élément du groupe «crime». Quatre
années passées à la section des stupéfiants du même service
m'avaient ouvert les portes de
cette brigade si convoitée. On m'avait rassurée, prétextant que
le soir d'halloween, tout le monde faisait la fête, que les probabilités
d'avoir un crime à gérer étaient bien minces. Mais le sort avait
décidé que, justement, ce premier novembre, un meurtre vienne
d'être commis.