La fin du mystère Gleiniger : août 1944, la libération de Limoges

Le 21 août 1944, les autorités allemandes occupant le sol limousin ont rendez-vous
à 20 heures avec les représentants de la Résistance pour signer l'acte de reddition
de la ville de Limoges et permettre ainsi aux Maquisards de Georges Guingouin qui cernent la
ville de pouvoir y entrer sans effusion de sang. Mais il n'y a qu'un capitaine allemand pour les accueillir,
à l'Hôtel de la Paix, et seuls les soldats éloignés du centre de commandement ou les nombreux
enrôlés de force dans l'armée allemande sont encore dans Limoges. Le général de brigade Walter
Gleiniger et son chef d'état-major Von Liebich ont, soi-disant, été faits prisonniers par la police SS
de Limoges qui a, soi-disant, forcé le blocus de la ville, emmenant avec eux des centaines de soldats
allemands et les dernières miettes de la milice locale.
Qu'est-il advenu du général Gleiniger ? Suicide d'un soldat d'honneur ? Exécution par la police SS
qui aurait souhaité continuer le combat contre la Résistance malgré les directives de Von Kluge
ordonnant, dès le 18 août, le retrait des troupes allemandes du sud de la France ? Ainsi s'est inscrite,
jusqu'à aujourd'hui, l'histoire dans la mémoire collective de la région.
Mais il n'y a pas eu signature de l'acte de reddition par l'armée allemande. Il n'a pas été nécessaire,
pour l'armée allemande, de forcer le blocus vers l'Est : les portes de Limoges se sont fermées après le
départ des Allemands et de la milice locale. Il n'y a pas eu d'embuscade des maquisards de Guingouin
jusqu'après Sauviat-sur-Vige, dernier obstacle à franchir avant de se retrouver en Creuse, sous
contrôle de l'Armée Secrète du commandant François.
Georges Guingouin en très grand stratège a réalisé son rêve : libérer Limoges sans aucun combat. Il a
ainsi préservé la population des bombardements alliés indispensables avant l'assaut final. Il a aussi sauvé
la vie de ses centaines de Maquisards entassés dans les 82 cellules de la prison du Champ de Foire de
Limoges, tous ceux restants étant des condamnés à mort par les Allemands et, dans de nombreuses
villes, les condamnés à mort étaient exécutés avant le départ des forces d'occupation. Alors, un accord
tacite entre Guingouin et le général Gleiniger ?
Dès l'entrée en Creuse, la colonne en fuite se heurte aux premiers assauts des Maquisards de ce
département. Et la première embuscade a peut-être coûté la vie au général Gleiniger, commandant
la colonne ou en surveillance rapprochée par la police SS... Walter Gleiniger est enterré avec trois
autres soldats allemands au cimetière de Guéret, le 23 août 1944, puis exhumé en 1969, « le crâne
atteint par un ou plusieurs projectiles » et transféré au cimetière allemand de Berneuil, en Charente-Maritime
où il repose, maintenant, à proximité de ses trois compagnons de la colonne allemande
en fuite !
Ce livre a pour objectif d'apporter un nouvel éclairage sur ce qui demeure toujours «le mystère
Gleiniger», ce général qui eut l'audace de condamner les exactions des SS lors du massacre
d'Oradour-sur-Glane, peut-être pour protéger ses soldats de la vindicte locale et dont il se trouve
être probablement un des éléments des faits générateurs qui ont conduit à ce massacre : la décision
de mettre en état de siège la ville de Saint-Junien, le 8 juin 1944, en vue de représailles, décision
transférée, le 9 juin, à Diekmann...
Michel Baury
Ecrivain-Collecteur de Mémoire