Soupe de cheval

«Olia, puis-je vous demander un service ? Et seulement à vous.
- Ça dépend duquel.
Bourmistrov agrippa la table, comme s'il s'apprêtait à l'arracher
du sol.
- Pouvez-vous manger pour moi ? Ici. Maintenant.
- Comment ça, pour vous ?
- Je veux dire, en sorte que je puisse vous regarder. Simplement
vous regarder.»
Bourmistrov propose à Olia de réitérer ce rituel - la regarder
manger - chaque premier lundi du mois, contre une forte
rétribution. Leurs rencontres ont lieu dans un appartement
ordinaire, typiquement soviétique, puis dans un appartement
luxueux. La nourriture se modifie. Jusqu'au jour où le moindre
aliment évoque à Olia une masse morte et effrayante, tandis
que Bourmistrov s'entoure d'acolytes de plus en plus violents.
Vladimir Sorokine met magnifiquement en scène cette
confrontation cruelle et perverse.