Conter en vers au siècle des lumières : du divertissement mondain au genre libertin

Conter en vers au siècle des lumières : du divertissement mondain au genre libertin

Conter en vers au siècle des lumières : du divertissement mondain au genre libertin
Éditeur: H. Champion
2015782 pagesISBN 9782745328489
Format: BrochéLangue : Français

Des récits aimables mais sans prétention littéraire, tombés d'ailleurs

en désuétude ; une succession de bons mots et de plaisanteries égrillardes,

plus ou moins raffinées, nées au détour de la conversation ; un

divertissement oiseux pour aristocrates oisifs. Telles sont les images qui

s'imposent communément au lecteur contemporain, grandement

dédaigneux des poetae minores et ignorant des conventions du siècle,

lorsque sont évoqués les contes en vers au XVIII<sup>e</sup> siècle. En plein triomphe

des Lumières s'invite effectivement dans le paysage littéraire cette

production singulière, foisonnante et féconde, mais qui n'a jamais fait

l'objet d'une analyse d'ensemble. Poésie de société, création collective et

sérielle, le conte en vers manifeste indéniablement le goût du persiflage et

du badinage propre aux mondains et restitue avec vivacité la physionomie

d'une époque avide de légèreté et encline à la licence. Sous la plume des

admirateurs des Contes de La Fontaine transparaissent toute l'insolence

et la sensualité du XVIII<sup>e</sup> siècle. Véritable phénomène de mode, comme le

conte de fées qui le précède, le conte en vers semblerait presque

anecdotique avec son charme suranné, mais ce serait oublier avec quelle

justesse il éclaire la part d'ombre d'un siècle qui n'était pas tout entier

tourné vers la raison et le combat philosophique, mais savait aussi se

divertir de bagatelles. Presque à son insu, il se constitue ainsi en genre

littéraire à part entière, marginal certes, non codifié par les théoriciens et

décrié par les tenants de l'orthodoxie littéraire, mais pratiqué par les

auteurs reconnus, à l'image de Voltaire, comme par les plumes de second

ordre, tel Grécourt, l'auteur le plus prolifique du temps. Relevant de la

poésie fugitive, le récit versifié se présente comme une émanation directe

de l'art de la conversation si prisé à l'époque qu'il impose des thèmes aux

écrivains et modèle la poétique des textes. Libertin par sa philosophie, le

conte l'est avant tout par son écriture allusive et subversive, facétieuse et

malicieuse. Témoignant de la crise de la poésie au siècle des Lumières, il

incarne de toute évidence la recherche d'une voie poétique nouvelle,

empreinte d'humilité, de légèreté et de simplicité, et qui récuse au plus

haut point la gravité et le sublime.

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