Problèmes politiques et sociaux, n° 912. Expertise et action publique

L'expertise est classiquement définie comme la production
d'une connaissance spécifique pour l'action. Elle s'est développée
au XIX<sup>e</sup> siècle et continue à être pensée selon le modèle idéal de la
décision rationnelle qu'elle est supposée éclairer.
Mais, du scandale du sang contaminé aux incertitudes du
changement climatique, du dossier de l'exposition à l'amiante à
celui de l'ESB ou du nucléaire, les «experts» chargés de suivre une
activité ou de conseiller le gouvernement ont été régulièrement mis
en cause. Ces dossiers aux conséquences majeures ont tout
d'abord révélé les tensions internes aux milieux scientifiques et
techniques : la connaissance, aussi rationnelle qu'elle prétende
être, ne forme pas un ensemble homogène et bien stabilisé, elle
est au contraire traversée de fortes controverses qui divisent entre
eux les spécialistes.
Ensuite, les acteurs politiques ont interpellé leurs experts, en
leur reprochant, tantôt de ne pas les avoir alertés en temps voulu,
tantôt de les avoir conduits à prendre de mauvaises décisions,
tantôt d'être incapables de répondre de façon claire à leurs
interrogations.
Enfin, la société civile, longtemps impressionnée par ces avis
savants, est entrée dans le débat en mettant en question le
monopole du conseil rationnel accordé aux divers spécialistes. Les
mouvements sociaux ne cessent aujourd'hui d'interpeller les
experts sur leurs compétences, sur l'ambiguïté de leurs relations
aux politiques et sur leur possible soumission à des intérêts
particuliers, économiques ou liés à des pouvoirs.
Contradictoire, contestée ou inefficace, l'expertise publique a-t-elle
encore un sens et un avenir ? Dans le même temps, cette
période de mise en cause est aussi l'occasion de rechercher de
nouveaux modèles en vue d'une expertise plus transparente et plus
démocratique. L'objectif de ce dossier est de fournir des matériaux
de réflexion pour essayer d'approfondir ces questions.