Mémorialistes de l'exil : émigrer, écrire, survivre

Depuis une dizaine d'années, les mémoires et témoignages
personnels, jusqu'alors source de renseignements précieux pour
l'historien, sont l'objet d'un intérêt croissant de la part des chercheurs
en littérature. Ces écrits, émanant de personnages publics
ou privés, constituent en effet un témoignage sur les mentalités,
sur le rapport qu'entretiennent les mémorialistes avec les événements
historiques auxquels ils sont confrontés. Ils sont, aussi
et surtout, révélateurs d'une esthétique littéraire, d'un emploi de
l'écriture empreint d'originalité et d'émotion.
Les mémoires aristocratiques qu'ont laissés les nobles émigrés
pendant la Révolution ont suscité l'intérêt de seize chercheurs,
historiens et littéraires, qui confrontent ici leurs analyses.
Quelle pesée l'Histoire exerce-t-elle sur les écrits suscités
par l'exil et le déracinement ? Quelle influence opère-t-elle sur
l'écriture du souvenir ? Reconstitution d'un monde englouti,
expression de la nostalgie revêtue des parements d'un lyrisme
parfois poétique, mais aussi évocation du contexte événementiel,
de ce souffle de l'Histoire qui emporte les êtres, ces
mémoires et récits personnels, de la Révolution à la Commune,
sont ici analysés dans une perspective qui, pour reprendre la formule
de Marcel Proust, dans son article publié dans Le Figaro
du 20 mars 1907, «unit la vie à l'Histoire et rend historique la
vie».