Jardin & design

L ess is more - slogan attribué à Mies van der Rohe - est depuis
vingt ans l'aphorisme autour duquel la plupart des concepteurs
prennent position. Il demeure une simple déclaration de
principe, que le système productif peut à l'occasion déclamer mais
dont la sincérité est négociable. L'apprentissage de la conscience
écologique du designer se construit bon an mal an, au fur et à mesure
des catastrophes industrielles, des risques sanitaires, des menaces
environnementales, autant de situations, de circonstances qui interrogent
inlassablement la responsabilité de l'homme. Agir, certes.
Mais comment, quand c'est l'identité sociale occidentale tout entière
qui se fonde sur la marchandise ?
À la fin des années 1990 et dans la décennie suivante, le design
s'empare du jardin, pratique récente n'ayant pas réellement fait
l'objet d'un recensement ni d'un regard à distance. C'est une production
pour l'essentiel au stade expérimental, visible dans des expositions
ou explorée dans les services de recherche et développement
des entreprises, et qui, timidement, pénètre sur le marché de la
consommation.
Le design est l'enfant de l'industrie ; la nature n'a pas toujours
été l'une de ses préoccupations. Pourtant, cette discipline est
conduite, depuis plus de trente ans, à la fois à s'interroger sur sa
propre activité et à proposer à l'industrie de nouvelles directions.
Celles-ci manifestent - parfois maladroitement - une volonté de réinscription
de la nature dans les activités humaines. L'artefact permet-il
de combler le vide laissé par la nature après la mainmise
industrielle sur le monde ? Quels sont les termes du processus de
domestication de la nature sous le prisme du design ? Comment le
design intervient-il dans le jardin ? Dans quel dessein ? Avec quelle production
? Autant de questions que cet ouvrage propose d'aborder.