Franz Anton Mesmer ou L'extase magnétique

Psychiatre, pharmacologue et romancier, Jean Thuillier, entré en littérature
dans les années 60 sous l'égide de Roger Caillois, était bien placé pour
éclairer d'un jour nuancé l'une des figures les plus contreversées de
l'histoire des sciences : celle de Franz Anton Mesmer (1734-1815),
découvreur du «magnétisme animal» et le premier à expérimenter, cent
ans avant Charcot et Freud, les vertus thérapeutiques de l'hypnose.
Docteur en médecine de la faculté de Vienne, Mesmer arrive à Paris en
1778 : ses théories révolutionnaires lui valent les applaudissements d'une
clientèle huppée (la Du Barry, la princesse de Lamballe, La Fayette...
- mais il soigne aussi les gens du menu peuple) et la malveillance de
certains confrères qui ne voient en lui qu'un charlatan : il est vrai qu'il
ne dédaigne ni le faste ni l'argent...
Jean Thuillier reconstitue avec soin les étapes d'une existence
aventureuse, conduite au galop, à travers toute l'Europe «éclairée» ;
mais il ne se borne pas à cela. Il analyse en médecin la pratique de
Mesmer et nous apporte la preuve que ce dernier fut un savant sincère,
en tout cas le contraire d'un cynique : un homme qui doutait,
n'hésitant pas à avouer qu'il n'arrivait pas à cerner la causalité logique
de son pouvoir hypnotique.
Que Freud, dans une phrase célèbre («C'est la psychanalyse qui gère
désormais l'héritage de l'hypnotisme»), l'ait clairement désigné
comme l'un de ses prédécesseurs aurait dû nous faire mieux mesurer
l'importance de Mesmer, père d'une médecine «autre», à l'écoute de
ce qu'on n'appelait pas encore les énergies vitales. Que le grand
magnétiseur qui si bien fascina Hoffmann et les Romantiques
allemands ait été en son temps l'ami intime de Mozart - avec qui il lui
arriva de jouer à quatre mains - devrait nous être un autre signe : et
nous rappeler que l'art de soigner les hommes ne saurait privilégier
indéfiniment l'efficacité à court terme au détriment des équilibres
subtils qui en secret régissent notre corps et notre esprit.
Publiée en 1988 (R. Laffont), restée longtemps introuvable en librairie,
la présente biographie est aujourd'hui considérée comme un classique.