Etudes, n° 404-3

Il est impossible de dissocier intégralement le
péché de l'expérience de la culpabilité.
Or la culpabilité, dans une saine anthropologie,
ne saurait être envisagée dans
un sens purement négatif. Elle a valeur
structurante et positive, pour autant
qu'elle empêche de perdre de vue le
décalage entre l'idéal et la réalité. Cette
division intérieure de l'homme révèle
l'écart entre l'être et le devoir-être. C'est
ce même écart que le croyant vit comme
une non-coïncidence, cette fois, entre ce
qu'il est et ce à quoi l'appelle le dessein
créateur et sauveur de Dieu. La culpabilité
envahissante et mal gérée peut être
mortifère. Elle est forcément destructrice
pour celui qui s'est installé dans un
parti pris d'innocence et ne peut en sortir
à ses propres yeux sans se renier lui-même.
Mais pour celui qui assume la
culpabilité à partir de l'expérience religieuse
du péché, c'est la responsabilité
qui est première. «Il s'agit, écrit Marc
Faessler, de passer du "je n'aurais pas
dû" au "tu es appelé à être désormais".
Le but du repentir n'est pas de se sentir
coupable, mais de se faire responsable.»