Le lundi de Pentecôte : comédie en dialecte strasbourgeois en cinq actes. Sur le Pfingstmontag d'Arnold

Pendant de longues années, Georges-Daniel Arnold (1780-1829), grand lettré parfaitement trilingue, adepte des idées volutionnaires, ami et conseiller du préfet Lezay-Marnesia, a pris l'habitude, lors de réunions d'amis comme d'entretiens familiers, de sortir de son portefeuille des bouts de papier où il note expressions, dictons, jurons et tournures propres au parler strasbourgeois. À ceux qui lui demandent : « Que voulez-vous faire de cela ? » , il répond : « Vous verrez bien un jour ! » Son chef-d'oeuvre théâtral, Der Pfingstmontag (Le Lundi de Pentecôte) , paraît en 1816 : il inaugure avec éclat la littérature alsacienne.
Goethe salue la pièce avec enthousiasme : « C'est à bien des égards que cette pièce est à recommander, tant pour ce quelle apporte que ce quelle évoque. Elle mérite bien que nous continuions à nous en occuper pour contribuer à sa diffusion à venir. » Et d'affirmer que telle réplique de l'un des personnages est « à sa manière, dans son sublime laconisme, à mettre absolument au même niveau que le fameux "Qu'il mourût !" de Corneille ». Tout au plus ajoute-t-il, conscient de la démesure de l'éloge : « Qu'on nous pardonne le préjugé et la prédilection que nous avons pour cette oeuvre, et un plaisir qui est influencé peut-être par le souvenir. »
Car Goethe a bien connu l'Alsace d'avant la Révolution évoquée par la pièce. « L'action se situe en 1789 , note-t-il, alors que la vieille bourgeoisie de Strasbourg se maintient encore bec et ongles contre les influences novatrices. L'oeuvre redouble ainsi d'importance à nos yeux, car elle perpétue la mémoire d'un mode de vie qui devait être plus tard sinon détruit, du moins violemment remis en cause. » Près de vingt ans plus tôt, Goethe est venu étudier le droit à l'université de Strasbourg d'avril 1770 à août 1771 et a rencontré Frédérique Brion, fille du pasteur de Sessenheim, avec qui il a eu la liaison amoureuse relatée dans Dichtung und Wahrheit et appris à aimer la nature alsacienne, « vêtement vivant de la divinité ».
Tableau idyllique de l'Alsace pré-révolutionnaire mais aussi véritable trésor de la langue, Le Lundi de Pentecôte , réputé intraduisible, est donné en français pour la première fois par Susanne Mayer et Roger Siffer, dignes héritiers d'une tradition théâtrale illustrée par Gustave Stoskopf et Germain Muller.