Jusqu'à maintenant : chronique

Jusqu'à maintenant
Ces moments où l'on passe le long de chantiers d'élargissement de l'autoroute, où l'on voit l'étape des travaux où la terre est mise à nu, soulevée, déplacée, creusée jusqu'à la prochaine limite bordée par le sol encore intact. Penser à la fonte du pergélisol que cela entraîne dans les régions arctiques. Masses des dalles de la chaussée, armées par endroits. On voit des usines et des entrepôts pour poids lourds et pense à ceux qui vont approvisionner les rayons des magasins bios. On voit les petits villages où l'on sait que les gens doivent entendre constamment le bruit du trafic, notre bruit, mais la honte, mais le respect pour autrui ne sont pas assez forts pour que l'on renonce à passer par là. C'est dans le profondément empêtré dans ces contradictions-là que l'on doit continuer à réfléchir et à essayer de se parler les uns aux autres, mais je n'ose toujours pas interpeller les hommes et les femmes qui laissent tourner inutilement le moteur de leur bagnole dans le quartier et je crains de ne jamais y arriver. J'aimerais là, maintenant, tout de suite, qu'une phrase d'un texte littéraire me sauve, me redonne fort et fol espoir ! On est des beaux salauds quelque part. On est dans la merde jusqu'au cou.
Osmose de l'écriture dans les notes des jours. Ici, lectrice, lecteur, les temporalités s'interpénétrent au fil des carnets de l'année 2012, repris entre 2019 et jusqu'à maintenant, le milieu de l'été 2021. 2012, c'est Rio + 20, les vagues du mouvement Occupy et des 99 %, l'enflammement de la guerre en Syrie, le robot Curiosity qui arrive sur Mars... Ces événements lointains et surmédiatisés dont on ne sait comment ils agissent vraiment sur nos vies et dont certains trouvent ensuite leur place dans les livres d'histoire tandis que d'autres tombent dans l'oubli. Une chronique sur nos privilèges aux coûts sociaux et écologiques effarants, insérée de collages, où les mots sont envahis par les images. Un texte qui s'interrompt, en suspens, bourré de citations. Une écriture sur le climat de l'époque, en vrac, sans emballage plastique.