Le jardinet

«Walafrid, qu'on surnomma le Louche, naquit
en 807 ou 808 dans le pays des Suèves. La légende
l'a cependant prétendu Anglo-Saxon, en
fait ce fut un Germain de bonne famille et de
caractère studieux. Novice, puis clerc et moine, il
se fit remarqué comme un lettré et un philosophe
singulier.
Le Louche est en premier chef un homme
de cette Renaissance carolingienne qui faillit
devancer la véritable de plus de sept cents ans.
La tradition humaniste n'est point lettre morte
pour ce moine ; et, tout chrétien qu'il est, il ne
vit pas moins en pleine Antiquité.
Son poème du Jardinet indique assez en lui un
lettré des moins naïfs et aussi une âme virgilienne.
Il y avait à Saint-Gall, comme dans toute
abbaye, un petit verger cultivé par les cénobites
et qui les fournissait de fleurs et de plantes
médicinales. Le Louche se propose donc de
célébrer ce clos pharmaceutique, tant pour
louer chaque herbe particulière «la sauge, la
rue, l'aurone, la citrouille, les melons, l'absinthe,
le marrube, etc.» que pour remercier le Créateur
d'avoir dispensé de tels dons.
C'est le caractère inspiré de ce livre qui lui fait
échapper à l'étroite vulgarité des oeuvres didactiques.
On ne le saurait donc pas confondre avec
les herbiers du Moyen-Age dont il a pourtant
donné ici le modèle».