Friedrich Nietzsche : l'éternel départ

Le philosophe Nietzsche est un esprit libre, aventureux et solitaire,
se lançant hardiment dans l'inconnu en quête de nouveaux
territoires intellectuels. L'homme apparaît au contraire comme
un voyageur insatisfait et malheureux, poursuivant de départ en
départ son éternelle recherche d'un lieu introuvable où seraient
rassemblées un ensemble de conditions climatiques et sociales
contradictoires sans lesquelles l'existence lui semble intolérable.
De son Allemagne natale, lieu à jamais ambivalent, à l'Italie, où
se jouent plusieurs moments-clés de sa vie, en passant par la
France, la Suisse, où il se sent un certain temps «comme dans
son élément», Jean Lacoste suit Nietzsche dans son errance,
souvent douloureuse, vers un horizon toujours repoussé, où il
pourrait concilier la solitude de l'ermite et une société cosmopolite,
la lumière et l'ombre, la civilisation et la nature sauvage.
«Celui qui est parvenu, dans une certaine mesure, à la liberté
de la raison n'a pas le droit de se sentir sur terre autrement
qu'en voyageur», écrit Nietzsche dans Humain, trop humain.
Un voyageur voué à «trouver son plaisir dans le changement et
le passage».