Tous en cuisine

Épris d'authenticité,
de qualité et d'humanité,
grand amateur de vins,
Bruno Verjus sait écouter,
goûter, toucher, sentir et
regarder. Il glane les produits
et saisit les talents partout
où il les croise.
Son esprit libre, curieux et dénué de préjugés le prédispose aux expériences
gustatives. Tous en cuisine est un condensé de ses rencontres et apprentissages.
Yann Arthus-Bertrand tire le portrait de ces hommes et femmes - chef cuisinier,
bottier, vigneron, boucher, éditeur, écrivain, pâtissier et maraîcher - symboles
d'exigence et de qualité.
Les produits, simples ou sophistiqués, sont toujours mis en avant,
révélés par un tour de main ou une cuisson, réinterprétés avec humour
ou sublimés par une association de goûts. De l'île d'Yeu au Lubéron,
Erick Bonnier a suivi l'auteur dans ses pérégrinations. Carottes râpées très peu
cuites, Bar aux fenouils vert et bronze comme à Ker Viroux, Purée de topinambour
et foie gras de canard juste poêlé, Sorbet de petit caillé de brebis, Poulet crapaudine
juste relevé de piment rouge, feuilles de roquette, Cuir de veau rôti à tout petit feu,
trévise à la plancha, Framboises gourmandées d'une crème fouettée de betterave , les
recettes illustrent cette géographie gourmande.
Il possède au plus haut point ce que les Anglo-Saxons appellent
le «know-how» : un talent qui consiste à trouver le bon
chemin pour arriver au but escompté. Dans son métier, Bruno
Verjus sait d'emblée où dans le monde faire fabriquer tel ou tel
objet pour les grandes entreprises qui le sollicitent. Depuis, le
monde entier a déjà adopté ce personnage tendre et poétique.
Cette disposition s'exprime aussi au quotidien, dans son goût
pour la cuisine. Goût est un peu faible, puisqu'il s'agit ici d'un
passe-temps dévorant. Discussions entre copains ou hommes
de l'art, recherche du meilleur produit, rencontres..., avant de
mettre son tablier et de passer aux fourneaux, il veut tout savoir.
«J'aime les hommes qui vont au bout de leurs convictions, et
parmi tous ceux qui ont à voir avec la table il y en a beaucoup.
Ils ont un côté chercheur, poussant leur sillon, rigoureux
déçus, heureux. Pour moi, agriculture et culture sont forcément
liées.» C'est vrai pour Pierre Overnoy, le vigneron, pour Joël
Thiébaut, le maraîcher star qu'il retrouve tous les samedis sur
le marché de l'avenue du PrésidentWilson. Au cul du camion,
comme on dit. Pareil pour les chefs. Pour lui, Alain Passard est
le maître des cuissons. «Au fil des discussions, il m'a appris
à faire cuire une volaille en cocotte. À la verticale. Sur le croupion.»
Sa vieille copine Frédérick e. Grasser Hermé l'a aussi
initié au «crystal boiling» : une sorte de douche écossaise asiatique
qui consiste à plonger l'aliment dans un bouillon très
chaud, puis dans un bac d'eau glacée ; et à recommencer.
«Tous m'ont incité à me poser les bonnes questions au bon
moment. À ne pas être paralysé mais aussi à ne pas commettre
le geste de trop. Quand je me mets en cuisine pour huit ou dix
personnes, je les en remercie.»
Anne Grandclément Le Figaro Madame