Recueil de préfaces de traducteurs de romans anglais : 1721-1828

Les préfaces n'expriment pas nécessairement les opinions personnelles
de leurs auteurs, mais elles confirment celles de leurs compatriotes sur
les traductions et le roman en général. Elles illustrent l'oscillation et
même la contradiction entre la demande de romans étrangers, qui
suppose un désir de dépaysement voire d'exotisme, et la volonté de
certains traducteurs, au nom de leurs lecteurs mais également en leur
nom propre, de se conformer à des modèles connus et installés.
Lorsqu'ils analysent et traduisent les romans anglais en fonction des
normes françaises les préfaciers réduisent l'espèce de discontinuité
que leurs traductions semblent introduire dans la production littéraire
française. Ils encouragent une forme de narcissisme culturel où le roman
anglais traduit ne sert souvent qu'à élargir le goût des lecteurs en
nourrissant une mode irrationnelle. L'anglomanie, contrebalancée par
la résistance française qui critique en particulier la grossièreté de la
langue et le manque de raffinement des romans, représente alors moins
une ouverture à l'autre que son intégration, une fois débarrassée de
son caractère étranger.