Philosophie, n° 106. L'individu

Philosophie, n° 106. L'individu

Philosophie, n° 106. L'individu
Éditeur: Minuit
2010ISBN 9782707321244
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro porte sur la question de l'individu. Or loin d'être univoque,

elle a été déployée dans des registres problématiques distincts.

La notion d'individualité concerne tout d'abord tout étant en général et

relève de l' ontologie formelle ou des ontologies mondaines. Au sein d'un

domaine spécifique - domaine idéal des nombres entiers, champ des objets

intra-mondains en général, domaine réal des objets de temps, des choses

étendues, matérielles, culturelles, des êtres animés, des personnes, etc. -, on

se demande quel est le principe d'individuation qui rend compte de la singularité

des étants de ce domaine : qu'est-ce qui caractérise l'individualité d'un

nombre entier au sein de leur suite indéfinie ? celle d'un objet intra-mondain

par rapport à tout autre ? qu'est-ce qui distingue de toute autre une chose

spatiale dans le champ sensible, ou un objet culturel dans l'environnement ?

La question se subdivise donc en deux, selon que l'on considère la singularité

des idéalités formelles d'un champ de pensée, ou celle des objets intramondains

: la première tâche est de dégager les principes purement logiques

d'individuation d'un objet de pure pensée, la seconde, de thématiser les principes

d'individuation réale des objets mondains (temps, espace, matérialité

ou causalité, signification culturelle, système de renvois, etc.). Dans cette

perspective, Stéphane Chauvier tente de distinguer deux sens de

l'individualité ( hénade et monade ) corrélatifs à deux modes d'accès aux

choses - l'un qui le considère comme une singularisation au sein d'une espèce,

l'autre comme une singularité absolue et close sur soi. Et François Schmitz

analyse l'argument célèbre de Ramsey discuté par Russell, relativement à la

question de savoir si les objets intra-mondains se partagent ou non en deux

classes - celle des particuliers et celle des universaux.

La question se complique lorsqu'on la restreint au domaine de

l' individualité humaine : est-il possible de penser la singularité d'un individu

humain à partir des instruments conceptuels qui ont permis de caractériser

celle de l'étant en général (catégories et principes d'individuation), ou bien

l'individualité humaine est-elle sui generis et requiert-elle une conceptualité

nouvelle ? Ainsi, Julien Rabachou examine la pertinence de modèles ontologiques

traditionnels pour penser l'individu humain. Et, partant de la thèse

heideggerienne qui distingue l'identité ontologique d'un étant quelconque

( Selbigkeit ) et l'ipséité d'un être humain ( Selbstheit ) - alors que l'identité à

soi-même d'une chose de la nature est simplement ce qui fait d'elle cette

chose, l'ipséité relève de la manière d'être vis-à-vis de soi-même ou de choisir

entre être soi-même ou non -, Vincent Descombes s'attache à dégager la

confusion grammaticale qui grève implicitement l'analyse heideggerienne : la

confusion entre le quis et le quid , l'identification d'un individu et la caractérisation

de ses actes. De même, Frédéric Worms réinterroge le rapport entre

individu et relation, en se demandant si les relations interindividuelles sont ou

non constitutives de l'individualité - ce qui conduit de l'ontologie à l'éthique.

Enfin, Marc Pavlopoulos et Andy Hamilton repensent l'individuation humaine

à partir de l'expérience interne : quel type d'expérience me permet d'avoir

accès à mon Soi et de fixer mon ipséité ?

D. P.

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