La société d'indifférence

«Ce livre a pour ambition de secouer une torpeur.
J'aimerais, je l'avoue, que ceux qu'on appelle les
républicains modérés, qu'ils soient de droite ou de
gauche, se découvrent encore capables d'élever la
voix pour défendre les libertés. Depuis vingt ans,
un processus implacable de régression de la démocratie
française s'est engagé, et la monopolisation
du pouvoir par un «Prince-PDG» hyperactif, mais
sacrifiant l'essentiel à l'immédiat, ne fait rien pour
l'arrêter.
Face à la disparition de fait de la fonction de Premier
ministre, face au réveil des passions identitaires,
face aux entorses à la laïcité, face aux projets
de discrimination positive, face au fichage des
citoyens, face au danger de reprise en main du
pouvoir judiciaire et de l'audiovisuel public, des
protestations s'élèvent, certes, mais sans se faire
entendre. La crise accélère, au bénéfice des
extrêmes, la dépolitisation d'une opinion désorientée.
Nous sommes passés de la société de défiance à la
société d'indifférence ; et ce big-bang silencieux
brouille toutes les cartes et dérègle toutes les boussoles.
Pourtant, j'espère encore. Je ne veux pas conclure.
Si je prétendais conclure, cela signifierait que
l'histoire est déjà écrite, et ce serait, de ma part, une
démission.»